Coûts de production, prix de revient, prix d'équilibre

Quelle analyse pour quelles décisions ?

Face à des récoltes délicates et peu abondantes et dans un contexte économique plutôt tendu, vous vous posez la question de la rentabilité de votre activité et de la position concurrentielle de votre domaine au plan de ses coûts de production.

 

Plusieurs approches sont à distinguer : le prix de revient comptable, le prix de revient économique et le prix d’équilibre qui s'appuient sur la comptabilité (*).

 

Le prix de revient comptable

Il est utilisé pour valoriser le stock de vin des entreprises soumises au bénéfice réel. Il tient compte des charges au sens fiscal du terme : en effet, l’administration fiscale considère que la valeur du vin équivaut au moins à la valeur des charges engagées pour le produire.

On parle donc bien du prix de revient d’une récolte, qui dépend étroitement des charges de l’exercice, mais également des conditions de production du millésime. En effet des petites récoltes comme 2012 et 2013 entraînent un prix de revient élevé, et donc une augmentation de la valeur du stock, même s’il diminue en volume. 

A titre d’exemple, pour la récolte 2011, un domaine commercialisant majoritairement en bouteilles supportait des charges s’élevant en moyenne à 46 082€ / ha. (cf répartition des coûts d'un domaine commercialisant en bouteilles - source CERFRANCE BFC).

Le calcul du prix de revient consiste à ventiler :

1) les charges spécifiques à la vigne, à la vinification, à la mise en bouteille et la commercialisation

2) les frais généraux et les charges non spécifiques (bâtiments par ex…) selon une clé de répartition qui dépend du mode de commercialisation. Ainsi, pour notre domaine qui vend surtout en bouteilles, on affecte une clé pré-déterminée, 56 % de ces charges à la partie commercialisation.

 

Toujours pour la récolte 2011, on obtient ainsi les chiffres suivants :

- 20 645 € de charges pour 1 ha récolté soit 469€ / hl récolté

- 205 € de frais de vinification par hl vinifié

- 0.88 € d’habillage / bouteille

- 2.23 € de frais de commercialisation / bouteille vendue

Soit un prix de revient comptable total de 8.17 € par bouteille vendue.

 

Ce prix de revient constitue donc une première approche des coûts de production, présentant cependant certaines limites lorsque l’on veut analyser la performance économique et la compétitivité commerciale du domaine.

 

En effet, en se limitant à l’analyse des seules charges fiscales, on ne tient pas compte d’autres coûts tels que la rémunération de l’exploitant ou les coûts masqués comme le foncier non rémunéré.

 

Le prix de revient économique


Afin d’appréhender la valeur réelle du produit on peut alors définir un prix de revient économique. Pour cela, on ajoute au prix de revient comptable les coûts cachés appelés "charges supplétives" c’est-à-dire :

- la valeur de la main d’œuvre familiale : par exemple 30 000 € pour un exploitant et 23 000 € pour un conjoint non salarié soit pour notre échantillon un coût supplémentaire de 0.97 € par bouteille.

- la rémunération du foncier en faire valoir direct (sans fermage ni métayage) : foncier en propriété pour les exploitants individuels, mise à disposition gratuite en société. Dans notre échantillon, pour les domaines vendant majoritairement en bouteille, le coût du foncier s’élève à 5 237 € / ha. Toutefois, 8 % environ du foncier n’est pas rémunéré. Cette valorisation revient à environ 436 € / ha soit 0.07 € / bouteille.

- la rémunération des capitaux propres c’est-à-dire les capitaux laissés par les exploitants dans l’entreprise pour la financer. Dans ce groupe de domaines, les capitaux propres (75 495 € / ha)

rémunérés à 3 %, rapporteraient 2 264 € par an, soit un coût supplémentaire potentiel de 0.39 € / bouteille.

Globalement, pour le millésime 2011, les charges supplétives peuvent donc être estimées à environ 1.43 € / bouteille pour le groupe "80-100% bouteille".

Soit un prix de revient économique de 9.55 € par bouteille vendue.

Ce prix de revient est bien sûr une moyenne. Vous pouvez ensuite, et avec l’aide de votre conseiller, le décliner par appellation.

A cet effet, vous tiendrez compte notamment du rendement et de la valeur des fermages de chaque appellation.

Prix de revient comptable et prix de revient économique Millésime 20111 (source CERFRANCE BFC)

 

 

 

 

 

 

 

Le prix d’équilibre

Enfin, une autre méthode d’évaluation des coûts : celle dite des "prix d’équilibre".

A partir du prix de revient comptable, elle consiste à :

- retirer les charges qui ne représentent pas une sortie de trésorerie (par exemple les amortissements).

- comptabiliser les sorties de trésorerie non retenues dans le prix de revient : capital remboursé à la banque (en effet seuls les intérêts des emprunts sont des charges), besoins privés…

 

On affine ensuite ce prix d’équilibre en le modulant en fonction des fermages et des rendements de chaque appellation. On obtient alors pour chaque appellation de la gamme un "prix d’équilibre", proche d’une valeur de trésorerie, qui reflète davantage la réalité.

En effet cette valeur est la plus à même de vous permettre de répondre à la question : "à quel prix dois-je vendre ma bouteille pour pouvoir, non seulement couvrir mes charges, mais aussi honorer mes engagements envers mon banquier et me faire vivre, ma famille et moi ?"

(La Lettre CERFRANCE BFC - décembre 2013 - rédactrice : Cécile Almayrac-Granier - conseillère d'entreprise)